RAISE Summit 2026, le débrief de nos experts
ROI de l'IA, systèmes d'agents, données et souveraineté
Par Brahim Abdesslam · Carrousel du Louvre, Paris, 8 et 9 juillet 2026
Deux jours au Carrousel du Louvre, 9 000 participants, plus de 2 000 entreprises représentées, environ 80 % de profils C-level ou fondateurs, et 350 speakers. Nos experts ont suivi les sessions de la Master Stage du RAISE Summit 2026 pour en tirer les enseignements essentiels. Un constat s'est imposé, session après session : la conversation sur l'IA d'entreprise a changé de nature. On ne débat plus des capacités des modèles. On parle retour sur investissement, organisation, données et souveraineté. Voici notre débrief complet.
Le ROI de l'IA a changé de camp
Le panel phare de la matinée réunissait Jordan Topoleski, COO de Cursor, et Pallavi Mahajan, Chief Technology and AI Officer de Nokia, avec Peter Elstrom (Bloomberg) en modérateur.
Le déplacement décrit par Topoleski est net. Les entreprises ont longtemps mesuré leurs efforts IA en inputs : combien par développeur, combien par mois. Elles basculent désormais vers les outputs, et surtout vers les outcomes : quelle valeur produite, quels effets métier. Cursor a créé un rôle dédié, le « forward-deployed ROI specialist », détaché chez le client pour installer les bons contrôles. Exemple donné sur scène : un grand industriel dépensait 150 millions de dollars par an en IA. Six semaines de travail sur les contrôles et le choix des modèles ont réduit la facture de 26 % à valeur constante, avec environ 60 % du code en production porté par l'IA.
Côté Nokia, Pallavi Mahajan a refusé le cadrage purement budgétaire : si c'est elle qui siège à ce panel plutôt que la direction financière, c'est que la question n'est pas une ligne de coûts mais une réinvention. Elle décrit une sortie du triangle d'arbitrages coût, qualité, effectifs : piloter par la valeur libère la capacité d'inventer.
À retenir :
Le ROI de l'IA se pilote désormais aux résultats produits, pas aux dépenses engagées
Cursor a rapporté sur scène un cas client à -26 % de coûts à valeur constante, en six semaines
Nokia sort les arbitrages IA du seul cadre budgétaire pour en faire un sujet de réinvention
2026, l'année des systèmes
Jordan Topoleski a posé une périodisation qui a marqué l'édition : 2024, l'accélération, portée par l'autocomplétion et les gains individuels. 2025, les agents, ce moment où l'on confie pour la première fois une tâche entière à un collègue numérique. 2026, les systèmes : des agents multiples, durables, qui travaillent ensemble.
Cursor a rapporté un chiffre d'expérience sur la Master Stage : beaucoup d'organisations plafonnent entre 35 et 45 % de code en production porté par l'IA. La raison rapportée sur scène ne tient pas à la technologie. Passer de la vague des agents à celle des systèmes ne se fait pas de façon linéaire : il faut ré-architecturer l'organisation elle-même pour la rendre nativement compatible avec l'IA.
À retenir :
Trois vagues selon Cursor : 2024 l'accélération, 2025 les agents, 2026 les systèmes
Un plafond rapporté à 35-45 % de code IA en production, franchissable seulement par une réarchitecture organisationnelle
L'enjeu de 2026 n'est plus d'ajouter des agents, mais de les faire travailler ensemble
Le goulot d'étranglement est organisationnel, pas technologique
L'une des phrases les plus reprises du sommet est venue de Pallavi Mahajan : la technologie n'est jamais le goulot d'étranglement ; le goulot, ce sont toujours les gens, la culture et le modèle opérationnel.
Chez Nokia, la transformation IA est portée en haut par la direction et réclamée en bas par les équipes techniques. Le point dur se situe au milieu : un management intermédiaire historiquement construit pour coordonner, dans un monde où la coordination s'automatise. La réponse de Nokia n'est pas de le supprimer, mais de le réinventer. Les rôles se compressent : ingénieur logiciel, testeur, qualification et product manager convergent vers un profil de « product builder ». Et le premier partenaire de la CTO dans ce chantier n'est pas un fournisseur technologique : c'est la direction des ressources humaines.
Cursor observe le même mouvement côté structure. Écrire et relire du code occupait près de 90 % du temps des équipes techniques ; cette part s'automatise largement. L'attention se déplace vers l'amont (cadrage, conception) et vers l'aval (revue, test, déploiement). Les équipes rapetissent : un grand assureur, cité sur scène, a redécoupé ses équipes de huit à neuf ingénieurs en unités plus petites, pour un effet multiplicateur rapporté de l'ordre de trois.
À retenir :
Le constat de Nokia : le goulot est humain et organisationnel. Notre lecture : la technologie amplifie, la culture différencie
Le management intermédiaire se réinvente plutôt que de disparaître, avec la DRH comme partenaire clé de la CTO
Les équipes techniques se resserrent et se réorientent vers le cadrage et la revue plutôt que la production de code
Les fondations décident de la suite
Trois autres sessions, plus techniques en apparence, racontent la même histoire par les fondations : celle des données et de la souveraineté.
Or Lenchner, CEO de Bright Data, décrit une économie où la donnée est devenue la ressource indispensable de l'IA, avec deux stratégies opposées : des acteurs chinois qui internalisent toute la chaîne jusqu'au bare metal, et des acteurs occidentaux qui se concentrent sur leur cœur de métier en externalisant le reste, à commencer par le sourcing de données. Oxylabs et NielsenIQ ont prolongé le constat lors d'une session dédiée : l'IA a besoin de données vivantes, fraîches, collectées à l'échelle du web, dans un cadre juridique et éthique exigeant où l'expertise humaine reste centrale.
Together AI a posé la question qui dérange. Le descriptif officiel de sa session évoque un piège des tokenomics : coûts imprévisibles, tarification opaque, dépendance qu'on n'accepterait sur aucune autre couche d'infrastructure d'entreprise. L'open source y répond par l'économie, par la souveraineté des États comme des entreprises, et désormais par la performance. Son CEO, Vipul Ved Prakash, a également mis en garde sur les données propriétaires envoyées à des API fermées : à mesure que les modèles gagnent en capacité, c'est une part de la propriété intellectuelle de l'entreprise qui s'en va.
À retenir :
La donnée est devenue la ressource stratégique de l'IA, avec des stratégies de sourcing radicalement différentes entre acteurs chinois et occidentaux
L'IA vit de données vivantes, collectées à l'échelle du web, dans un cadre éthique et juridique exigeant
L'inférence propriétaire expose à un risque de dépendance et de perte de propriété intellectuelle ; l'open source progresse pour des raisons économiques, souveraines et de performance
Optimiser le présent ou faire fructifier le futur
La perspective la plus large est venue de Peter Elstrom, citant Philippe Aghion, prix Nobel d'économie 2025 : utilisée pour la seule efficacité, l'IA ajouterait de l'ordre de 0,7 point de croissance annuelle. Le vrai levier, selon le panel, est ailleurs : augmenter le nombre et la qualité des idées.
La réponse de Jordan Topoleski complète ce constat : le goulot d'étranglement n'a jamais été les idées, c'est l'exécution. Quand l'exécution s'accélère, les organisations remontent dans leur feuille de route tout ce qui attendait sous la ligne de flottaison. L'IA ne sert pas à faire pareil pour moins cher : elle élargit ce qu'une organisation peut entreprendre.
Ce que nous en retenons
Ce que la Master Stage a exprimé les 8 et 9 juillet, avec les mots de Nokia, de Cursor, de Bright Data ou de Together AI, converge vers un même constat : la valeur se déplace dans l'architecture des organisations, dans leurs données, leurs systèmes, leur culture et leur gouvernance. Passer des agents isolés aux systèmes orchestrés est une discipline. C'est celle que nous pratiquons avec nos clients, l'humain aux commandes.
L'IA ne transforme pas les entreprises. L'intelligence architecturée, si.
Envie de confronter ces constats à votre feuille de route IA ? Résolvons vos plus grands défis.
Le RAISE Summit est un sommet international dédié à l'intelligence artificielle en entreprise. L'édition 2026 s'est tenue les 8 et 9 juillet au Carrousel du Louvre à Paris, réunissant environ 9 000 participants issus de plus de 2 000 entreprises, dont près de 80 % de profils C-level ou fondateurs, autour de 350 intervenants.
L'édition 2026 s'articulait autour de quatre axes annoncés par les organisateurs : Foundation, Frontier, Friction et Future. Sur la Master Stage suivie par nos experts, les débats ont porté principalement sur le retour sur investissement de l'IA, le passage des agents isolés aux systèmes orchestrés, la donnée comme ressource stratégique et la souveraineté technologique.
Selon les intervenants de la session pivot (Cursor et Nokia), les entreprises mesuraient historiquement leurs efforts IA en inputs, comme la dépense par développeur. Elles basculent désormais vers une mesure par outcomes, c'est-à-dire la valeur métier réellement produite, avec des contrôles adaptés à chaque tâche plutôt que des budgets plafonnés de façon uniforme.
C'est un chiffre d'expérience rapporté sur scène par Cursor : de nombreuses organisations plafonnent entre 35 et 45 % de code en production porté par l'IA. Franchir ce plafond ne demande pas davantage de technologie, mais une réarchitecture de l'organisation elle-même pour la rendre nativement compatible avec l'IA.
Pallavi Mahajan (Nokia) a résumé ce constat sur la Master Stage : la technologie n'est jamais le goulot d'étranglement, ce sont les gens, la culture et le modèle opérationnel. Chez Nokia comme chez Cursor, la transformation IA nécessite de réinventer le management intermédiaire et de faire converger certains rôles techniques, plutôt que de se limiter à un déploiement d'outils.
Les constats entendus sur la Master Stage (pilotage par la valeur, passage des agents isolés aux systèmes orchestrés, goulot d'étranglement organisationnel, fondations de données maîtrisées) recoupent directement les trois couches du modèle HOM™ (Human Orchestrated Model™) de Keyrus : Intelligence Foundation, Human in Command et Performance Steering.
